Minga soutient « l’Appel des Soulèvements de la Terre »

Après avoir détruit la profession agricole et démantelé les services publics en milieu rural au point de faire de certains endroits des déserts médicaux en empêchant ainsi toute possibilité d’y vivre et travailler, l’agrobusiness et désormais les GAFA déploient une politique de colonisation territoriale de grande ampleur.

Alors que dans les dix ans à venir, la moitié des agriculteurs.trices de France va partir à la retraite et que la profession est à la peine pour transmettre ses activités tellement le travail est peu valorisé, cela ne peut qu’attiser des appétits spéculatifs féroces sur le foncier.

Quand les outils de régulation foncière dont s’est dotée la profession agricole ne répondent plus, depuis longtemps, à leurs missions principales, en favorisant l’agrandissement ou l’artificialisation, plutôt qu’en encourageant l’installation des jeunes ou de moins jeunes ;

Quand la question foncière ne peut plus être portée par une profession de moins en moins nombreuse (moins de 3 % de la population active), ni par des institutions sous influence des promoteurs et de l’agrobusiness ;

Alors oui, mille fois oui, le soulèvement s’impose : un soulèvement élargi à l’ensemble de la société, mené avec et dans l’intérêt de tous les habitant.e.s (qu’ils et elles soient agriculteurs ou non, sédentaires ou nomades, agents du service public ou ouvrier du btp, entrepreneur ou saisonnier, en emploi ou au chômage, parent d’élève ou personne isolée…) pour faire face à la même colonisation.

L’enjeu du foncier agricole comme celui de l’accès à des lieux de rencontres, physiques, loin des écrans, au cœur des territoires, est essentiel à l’entretien de nos humanités, essentiel à la culture de nos démocraties.

https://lessoulevementsdelaterre.org/appel

 

Vive « Splann », une agence d’investigation journalistique bretonne

La Bretagne n’est pas une marque, ses habitant·e·s ne sont pas des playmobiles. La Bretagne a besoin de se libérer d’un conglomérat agro-industriel qui est devenu au fil des années un État dans l’État, qui emprisonne la profession agricole dans un modèle artificiel énergivore sans avenir, destructeur et qui tue la démocratie.

La Bretagne a besoin d’un projet de développement porté par les habitant.e.s; besoin d’informations objectives sur les réalités auxquelles ils sont confrontés ; besoin de journalistes en Bretagne qui ont les moyens et le temps de mener des enquêtes en toute indépendance, sans subir des pressions; besoin d’un métier essentiel à l’exercice de la démocratie.

Au travers de Splann, c’est la dignité du métier de journaliste qui se trouve affirmée, tout autant que son caractère d’activité essentielle.

Essentielle pour nourrir nos attentions d’autre chose que la soupe des infos minutes en se confrontant aux faits et aux vécus de nos humanités.

Essentielle pour éclairer nos situations, stimuler notre besoin vital de comprendre, encourager nos envies d’agir pour ne pas subir.

Défendre l’information comme un bien commun, c’est le seul moyen d’ouvrir le dialogue des idées et des faits : c’est produire de l’intérêt général. Minga ne peut donc que saluer la création de « Splann » (clair, lumineux en breton) et inviter ses adhérent·e·s, ses ami·e·s et partenaires à soutenir cette nouvelle agence journalistique.

Afin de garantir son indépendance, Splann ne fait appel à aucune source de financement par subvention institutionnelle ou partenariat d’entreprise, et compte donc sur les citoyen·ne·s pour l’aider à boucler son budget.

https://splann.org/

 

Des informaticien.ne.s de métiers contre AMAZON et les lois liberticides qui l’accompagnent.

Même s’il faut sérieusement examiner nos rapports à la consommation, ce n’est pas seulement par la consommation que l’on stoppera cette firme à visée totalitaire comme Amazon. La mobilisation du monde du travail et des métiers est donc déterminante quand une classe politique locale et nationale s’est résignée à se soumettre aux intérêts et à l’idéologie de cette firme, et quand l’État s’en fait le promoteur. Elle l’est d’autant plus quand des informaticien⋅ne⋅s de métier refusent que leur travail serve à soumettre des populations par des modèles de surveillance totalitaire, qu’ils soient publics ou privés. Le développement d’Amazon et de lois liberticides (comme la loi sur la « sécurité globale ») vont de pair. L’implication de Solidaires Informatique dans ces deux combats est à saluer.

Ci-dessous intervention du représentant de Solidaires Informatique à Quimper, le 30 janvier 2021.

2020-01-30_--_Solidaires_Informatique_-_Intervention_contre_Amazon_à_Quimper

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Journalisme : « au dessus » , « en dessous » ou « dans » le monde du travail et des métiers ?

« La question en France n’est plus aujourd’hui de savoir comment préserver les libertés de la presse. Elle est de chercher comment, en face de la suppression de ces libertés, un journaliste peut rester libre. Le problème n’intéresse plus la collectivité. Il concerne l’individu. »

Albert Camus – « Manifeste du journaliste libre » novembre 1939

Dès qu’une ou un journaliste aime son travail et le fait bien, elle ou il révèle forcément des vérités qui dérangent. Ce n’est malheureusement pas si fréquent, tellement la presse est sous le contrôle de quelques grands groupes capitalistiques et influencée par les annonceurs publicitaires, qu’ils soient privés ou institutionnels. La précarité de cette profession et la faiblesse des rapports de force syndicaux, comme dans tant d’autres professions, conduisent parfois à opter pour la résignation. Mais quand informer et communiquer viennent à se confondre, c’est le sens même du métier de journaliste qui disparaît.

Fort heureusement, dans ce flot continu de communication, il existe des journalistes qui aiment leur métier et savent entendre ce qui est caché, les expressions singulières étouffées par le brouhaha, des expressions qui peuvent remettre en cause des intérêts dominants. Mais elles ou ils sont alors vite taxé.e.s de « journalistes militants », notamment par leurs confrères «éditorialistes» qui confondent neutralité et complaisance et aiment citer Albert Camus, tout en considérant qu’un bon journaliste n’est pas un travailleur comme les autres, qu’il doit avoir une position de surplomb, même quand ces sujets sont vitaux.

Si toutes les paroles de victimes ne sont pas des paroles de vérité, le travail d’enquête d’un.e journaliste, quand il est bien fait, permet précisément de prendre de la distance, de rendre apparent un fait de société dans un sujet et d’éviter le pathos racoleur en respectant la dignité des personnes, quelle que soit leur position sociale. Alors l’information devient subversive… Alors le travail du journaliste sera discrédité si ce n’est carrément entravé par des menaces ou des plaintes en diffamation pour défendre une omerta.

Que ces plaintes aboutissent ou non à un procès (les plaignants se désistant souvent quelques jours avant pour éviter la lumière sur leurs pratiques), pour un.e journaliste, être l’objet d’une plainte en diffamation entraîne des mois de travail pour préparer sa défense, et celle du média qui a diffusé son article, plutôt que d’exercer son métier. Et cela oblige aussi à exposer des témoins, des sources, qui voulaient rester anonymes.

Ca a été le cas de la journaliste Ines Leraud qui a enquêté sur le sujet des « algues vertes » en Bretagne, ainsi que sur les pratiques commerciales et managériales frauduleuses du grossiste en fruits et légumes « Chéritel » qui ont fait l’objet d’un article publié en mars 2019 par le média en ligne Basta!

6 jours avant le procès pour diffamation qui devait avoir lieu le 28 janvier, le groupe « Chéritel » retire sa plainte.

Si la séquence judiciaire de cette affaire est terminée, l’aspect politique du dossier demeure. Et là, cela engage toute la société, et pas seulement la profession de journaliste. En effet, de quelle marge de manœuvre dispose un·e journaliste, souvent précaire, face aux pressions subies, quand l’engagement syndical est si faible? La liberté de la presse, n’est pas une affaire de principe pour une corporation, mais aussi une affaire d’organisation pour la défendre. Cela engage l’ensemble de la profession à se positionner avec le monde du travail et des métiers.

Minga, le 27 janvier 2021

A écouter « Agroalimentaire, l’omerta règne dans une Bretagne sous tension » le reportage de Radio Parleur du 27/01/2021 https://radioparleur.net/2021/01/27/ines-leraud-cheritel-proces-bastamag-agroalimentaire-pression/