Archives mensuelles : mars 2019

Europa city : No future !

A Gonesse, dans le Val-d’Oise, entre Paris, l’aéroport de Roissy et le parc Disneyland, le groupe Auchan et un géant chinois de l’immobilier (Dalian Wanda Group) se sont associés pour réaliser l’un des plus grands centres de commerces et de divertissements du monde, et bétonner au passage 300 hectares de terres cultivables de grande valeur agronomique.

Grace au travail au long cours du collectif pour le triangle de Gonesse, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé, mardi 12 mars, le plan local d’urbanisme (PLU) de la ville de Gonesse qui souhaitait artificialiser 248 hectares de sols pour servir les intérêts des promoteurs d’ « Europacity ». Ces terres retrouvent donc leur usage agricole et même si la ville de Gonesse va faire appel, cette décision de justice est bien une victoire.

Ce projet d’urbanisme incarne à lui seul la fuite en avant d’un grand Paris qui se pense « ville monde », ilôt de prospérité dans un océan de pauvreté, et détruit tous les idéaux politiques qui ont fait le rayonnement international de Paris. Il prolonge le rêve d’une mondialisation heureuse véhiculé par le spot publicitaire de Coca Cola dans les années 70 – I’d Like to Buy the World a Coke (J’aimerais offrir un Coca-Cola au monde entier); un spot qui donne tout son sens au salutaire « No Future » du mouvement punk et des sex pistols qui se répandra comme traînée de poudre quelques années plus tard !

Pour les promoteurs de ce type de projet, il n y a pas de territoires habités, il n’y a que du foncier à accaparer et des gens à divertir de leurs conditions de vie.
Dans la vraie vie, ce type de projet attise une fracture territoriale, légitimement combattue par le mouvement des Gilets Jaunes.
Europacity, c’est le projet d’élites politiques et financières offshore qui ont abandonné et combattent aujourd’hui, l’idée même d’un monde commun. Le milliard d’euros financé par les pouvoirs publics (le coût du projet est évalué a 4,1 milliards d’euros) est du détournement d’argent public. L’argent public est fait pour investir dans un monde habité habitable.

« Sous la douche, le ciel » un documentaire qui nettoie nos neurones d’êtres humains !

pics installés devant une banque parisienne dans le 2e arrondissement

« Sous la douche, le ciel » est un film réalisé sur une période de cinq ans, de 2012 à 2017, qui accompagne les mésaventures du projet bruxellois « Doucheflux » : des douches publiques, et de luxe s’il vous plaît, et un espace de socialisation pour les SDF. Issue d’un mouvement de SDF qui combat les politiques d’urbanisme qui se traduisent notamment par des aménagements urbains «anti-SDF», l’idée de départ était de demander à la ville de Bruxelles la mise à disposition d’un bâtiment inexploité pour installer des douches, l’association se chargeant de trouver les investissements nécessaires pour réaliser les travaux.

Le film est un magnifique documentaire qui suit avec beaucoup de sensibilité l’avancement du projet et la parole forte de sans-abris qui se débattent avec tendresse et humour pour garder leur dignité, et nous renvoient à la vulnérabilité de notre condition humaine, incarnée, intimement partagée, mais que la marchandisation du monde tente désespérément de nous faire oublier.
En posant la question de l’hygiène corporelle, ce que ce projet envoie aux politiques est une énorme patate chaude. Tellement chaude que la ville finit par renoncer à trouver un lieu, trop inquiète qu’elle est de voir émerger « un point de fixation » où les plus pauvres pourraient se retrouver, sans plus avoir à se cacher, au lieu de s’intégrer…
Le collectif décide donc de se porter lui-même acquéreur d’un lieu. Une fois la somme collectée pour l’acquisition, la rénovation et l’aménagement du bâtiment, ce sera au tour des services d’urbanisme de freiner le projet de peur, cette fois, que ce lieu devienne un bordel.

Entre la quête de sens de riches donateurs (et l’opportunité de trouver une niche fiscale, en même temps), la démission du politique et la nécessité vitale de sans-abris de se retrouver, ce documentaire nous glisse une critique de la théorie du « ruissellement ».

Le titre du documentaire est un clin d’œil au slogan de 1968 « Sous les pavés, la plage ! ».

A voir absolument dès qu’il s’agit de « faire ensemble », entre êtres humains.

Pour organiser une projection publique de « Sous la douche le ciel », vous pouvez contacter Philippe Cotte – philippe.cotte@cvb.be – 00 32 2 221 10 50 – www.cvb.be.