Archives de catégorie : Minga

Le devenir des ruralités est l’affaire de tous les habitant·e·s de Bretagne.

Laurent Vanhelle

Minga, en tant qu’organisation du monde du travail et des métiers, soutient le collectif d’habitant·e·s « Ensemble c’est tout » du village de Canihuel (une commune bretonne située en Argoat, dans le département des Côtes-d’Armor) en cosignant la lettre ouverte aux élu·e·s de cette commune : « Ouvrons le dialogue ».

Face à une crise sanitaire qui met nos nerfs à rude épreuve, face aux replis sur soi, l’initiative qu’ouvre, à son échelle, le collectif d’habitant·e·s « Ensemble c’est tout » est essentielle, car c’est bien le devenir de toutes les ruralités bretonnes qui se joue ici.

Depuis des décennies, les territoires ruraux subissent l’effondrement continu de la population active agricole et l’affaiblissement systématique des services publics de proximité. C’est cette pente infernale qu’il faut inverser.

Pour avoir encore le droit de vivre et travailler dans les ruralités en Bretagne, il est vital de développer des activités, des emplois notamment autour de l’alimentation, de la santé, de l’éducation et de la culture.

Parce que nos lieux de vie et d’activités ne sont pas hors sol, la maîtrise du foncier rural bâti et non bâti est tout aussi cruciale.

En cosignant cette lettre ouverte, nous sommes prêts au dialogue pour faire front ensemble, ruraux et urbains solidaires afin que le devenir des ruralités se conjugue au devenir humain et démocratique de la Bretagne.

Minga le 10 mai 2021

Le centre Bretagne, Kreiz Breizh, est-il devenu une zone de non-droit ?

En centre Bretagne comme ailleurs dans le monde, il y a des êtres humains qui vivent en milieu rural, qui travaillent et qui aiment leur pays.

Morgan Large fait partie de cette humanité. Elle est journaliste à la radio RKB (Radio Kreiz Breizh), elle aime les habitant·e·s, leurs histoires, leurs passions, leurs souvenirs, leurs projets.

Mais le centre Bretagne est aussi un territoire en souffrance ; un territoire de plus en plus délaissé par les services publics et les politiques de développement ; un territoire où l’agro industrie prive tous les agriculteurs de perspectives pour leurs familles et leurs métiers.

L’agriculture est aujourd’hui devenue un sujet journalistique tabou s’il n’est pas abordé de manière conforme à la ligne éditoriale fixée par l’agro-industrie.

Parce que Morgan aime son métier autant que son pays et y donne la parole à tout le monde, elle est aujourd’hui menacée.

Depuis la diffusion du documentaire «Bretagne, une terre sacrifiée» qui a eu une forte audience, Morgan subit des actes de malveillance (coups de téléphone anonymes au milieu de la nuit, intrusion à son domicile, tentative d’empoisonnement de sa chienne, ouverture de ses pâtures pour mettre ses chevaux en divagation sur la chaussée…). En décembre les portes de la radio où elle travaille ont été forcées.

Cette semaine, deux boulons de son véhicule ont été retirés : des faits qui dépassent l’acte d’intimidation et relèvent d’une tentative d’homicide volontaire.

Minga témoigne de sa solidarité auprès de Morgan Large et demande aux autorités de veiller à ce que le droit soit appliqué, à Glomel comme partout ailleurs, afin que la sécurité des personnes soit garantie. Face au délitement de l’État de droit dont les entraves à la liberté d’information et d’expression sont des symptômes très inquiétant, mettre des mots sur le désarroi qui nous saisi toutes et tous et qui pousse certains d’entre nous jusqu’au désespoir est une responsabilité qui nous engagent : Pour être sans complaisance avec la violence et la haine, pour l’avenir des ruralités : il faut que l’on se parle maintenant.

Hommage à Joseph Ponthus : un écrivain «embarqué dans la galère de son temps»

« À l’abattoir
j’y vais comme on irait
À l’abattoir
C’est peut-être l’aboutissement, le paradigme, le
résumé, le symbole et même bien plus que ça de ce
que peut être
L’industrie agroalimentaire »
Joseph Ponthus,
« À la ligne, Feuillets d’usine »

En hommage à l’écrivain Joseph Ponthus récemment décédé, nous rappelons l’importance de son livre « À la ligne, Feuillets d’usine » édité en 2019.

Ce livre puissant, d’une écriture vive et singulière, sans pathos, parle des conditions de travail déshumanisant dans les usines de l’agro-industrie bretonne qu’a vécu son auteur. Son ouvrage n’est pas un travail d’immersion, ni un travail d’enquête, mais l’expression d’un vécu pour gagner sa vie, d’une mise en mots sur des conditions de travail indignes pour sauver sa peau. Il exprime la dignité humaine de ses collègues de travail qui subissent une vie d’exploitation rythmée par les agences d’intérim et le besoin saisonnier de l’agro-industrie.

Il est l’expression parfaite d’un artiste tel que le définissait Albert Camus : « Embarqué me paraît ici plus juste qu’engagé. Il ne s’agit pas en effet pour l’artiste d’un engagement volontaire, mais plutôt d’un service militaire obligatoire. Tout artiste aujourd’hui est embarqué dans la galère de son temps. Il doit s’y résigner, même s’il juge que cette galère sent le hareng, que les gardes-chiourme y sont vraiment trop nombreux et que, de surcroît, le cap est mal pris. Nous sommes en pleine mer. » (discours du 14 décembre 1957 «l’artiste et son temps », l’Université d’Uppsala)

Merci à Joseph Ponthus de nous inviter, par le mouvement de son écriture, à nous embarquer dans la lecture.

Minga soutient « l’Appel des Soulèvements de la Terre »

Après avoir détruit la profession agricole et démantelé les services publics en milieu rural au point de faire de certains endroits des déserts médicaux en empêchant ainsi toute possibilité d’y vivre et travailler, l’agrobusiness et désormais les GAFA déploient une politique de colonisation territoriale de grande ampleur.

Alors que dans les dix ans à venir, la moitié des agriculteurs.trices de France va partir à la retraite et que la profession est à la peine pour transmettre ses activités tellement le travail est peu valorisé, cela ne peut qu’attiser des appétits spéculatifs féroces sur le foncier.

Quand les outils de régulation foncière dont s’est dotée la profession agricole ne répondent plus, depuis longtemps, à leurs missions principales, en favorisant l’agrandissement ou l’artificialisation, plutôt qu’en encourageant l’installation des jeunes ou de moins jeunes ;

Quand la question foncière ne peut plus être portée par une profession de moins en moins nombreuse (moins de 3 % de la population active), ni par des institutions sous influence des promoteurs et de l’agrobusiness ;

Alors oui, mille fois oui, le soulèvement s’impose : un soulèvement élargi à l’ensemble de la société, mené avec et dans l’intérêt de tous les habitant.e.s (qu’ils et elles soient agriculteurs ou non, sédentaires ou nomades, agents du service public ou ouvrier du btp, entrepreneur ou saisonnier, en emploi ou au chômage, parent d’élève ou personne isolée…) pour faire face à la même colonisation.

L’enjeu du foncier agricole comme celui de l’accès à des lieux de rencontres, physiques, loin des écrans, au cœur des territoires, est essentiel à l’entretien de nos humanités, essentiel à la culture de nos démocraties.

https://lessoulevementsdelaterre.org/appel